Alors qu’il avait jusqu’ici avancé masqué, à pas feutrés vers la préfecture sarthoise, le maire d’Alençon vient de dévoiler son jeu : Alençon doit se tourner vers Le Mans et, de fait, se couper de la Normandie qui, enfin, va retrouver son statut unitaire d’origine.

Il y avait d’abord eu la programmation artistique d’ANOVA confiée à la Société d’Economie Mixte « Le Mans Evènement », dirigée par le Maire du Mans ; puis ce furent les déchets de la CUA incinérés au Mans ; maintenant il ne s’agit plus de mesures ponctuelles, bien que financièrement discutables et préjudiciables pour l'emploi alençonnais, il s'agit d’organiser des compétences aussi fortes que le développement économique, l’enseignement supérieur et la culture, l’aménagement de l’espace, le développement des infrastructures et des services de transport au sein d’un pôle métropolitain, présidé par … Le Mans.

Alors que la Normandie ne sera bientôt plus qu’une, que son développement économique se fonde sur les synergies avec le bassin parisien, avec les partenaires européens d’outre-Manche ou du Nord de l’Europe, le Maire d’Alençon préfère tourner le dos à une stratégie globale pour mieux s’inféoder au grand voisin du Sud.

Il y a, là aussi, sujet à interrogation lorsque l’on sait que Le Mans peine à trouver sa place au sein de la région des Pays-de-la-Loire, entre Nantes et Angers, que la cité mancelle est déjà engagée dans l’espace métropolitain Loire-Bretagne, qu’une réflexion est en cours avec Tours… Le Maire d’Alençon voudrait nous faire croire que notre cité et ses 26000 habitants pèseront contre des villes qui lui sont 4 ou 5 fois supérieures en population, face à des collectivités qui travaillent en synergie quelles que soient leur couleur politique… C’est oublier un peu vite que la gouvernance sera mancelle, puisque la moitié des sièges de l’entité organisée en syndicat mixte fermé lui reviendra. C'est oublier aussi que les communes de petites tailles de la CUA seront noyées dans un ensemble où seule primera la péri-urbanité mancelle ! Qui peut croire objectivement qu’Alençon imposera ses volontés au « Grand frère » manceaux.

Pis, lorsqu’un projet d’envergure devra être porté par Alençon et nécessitera des financements croisés et abondants des autres collectivités, il y a tout lieu de penser que la Normandie nous invitera chaleureusement à nous tourner vers le pôle métropolitain manceau et, dans le même temps, celui-là même qui nous tend les bras nous invitera à quêter les subventions auprès de notre entité de tutelle normande, qu'il conservera pour lui les investissements massifs et structurants ; la cadrature d’un cercle perdant-perdant !

Imaginer Alençon comme le pôle d'attractivité du Sud normand, tissant des liens étroits et partagés avec son voisin du Maine peut faire sens ; la mettre sous tutelle mancelle pour son aménagement et son développement économique, qui sont des compétences régionales stricto sensu, revient à la marginaliser et, très vite, à l’affaiblir davantage encore.

Avant de penser pareille refonte de périmètres intercommunaux, Alençon devrait initier son propre renforcement en imaginant, par exemple, la « commune nouvelle » avec les communes périphériques voisines, celles avec lesquelles la continuité urbaine est totale (un seul panneau nous montre le changement de commune !). En second lieu, au niveau de la CUA, elle devrait faire en sorte que les communes péri-urbaines ou rurales proches, aux intérêts convergents, réfléchissent aussi à ce processus, sur une base participative et volontaire, uniquement tournée vers l’objectif des gains de fonctionnement au service des investissements d’avenir.

Enfin Alençon, plutôt que de lorgner au Sud, ne devrait-elle pas s’appesantir sur l’axe de coopération évident qui s’offre à elle, au Nord du département, avec Sées notamment ?

Précipitation et mise sous tutelle mancelle, telle est la vision du Maire d’Alençon comme horizon d’une ville qu’il gère depuis six ans, comme point d’orgue de ses échecs répétés face à la baisse démographique, à son incapacité pour attirer et conserver les entreprises, donc les emplois, condamnant ainsi nos enfants à quitter le territoire pour ne plus jamais y revenir.

Ce projet unilatéral fait peur, autant par sa courte vue que par la rupture durable du lien immanent qu’est le nôtre avec l’identité normande. Jamais les alençonnaises, les alençonnais ne permettront que la Cité des Ducs deviennent … la ligérienne inféodée !

 

                                                                                                                       Ludovic ASSIER

                                                                                                       Conseiller régional de Basse-Normandie