logo BN Aujourd'hui, jeudi 16 octobre avait lieu l'assemblée plénière du conseil régional de Basse-Normandie. Ludovic ASSIER, faisait le discours de politique générale du groupe UDI.

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Président, chers collègues,

C’est toujours un plaisir de se retrouver au sein de cette assemblée. Manifestement, le plaisir est partagé puisque nous ne nous quittons plus ! Assemblées plénières, commissions permanentes  en septembre, en octobre, inter commission… Tout cela est très bien mais compte tenu de l’ordre du jour des AP de septembre et de cette session, peut-être aurions-nous intérêt à rationaliser quelque peu les choses. C’est une question de méthode, d’efficacité, absolument pas de polémique. Un modeste appel à la rationalisation.

En cette session automnale, nous aurons le plaisir, espérons-le, dès demain, de lever le brouillard sur les modalités inhérentes à la réunification de la Normandie, à plus forte raison lorsque l’on sait que le mariage est nécessaire, le protocole difficile, la dot guère aisée en ces temps de disette budgétaire nationale.

Il y a peu encore, entre la décision nationale de réunifier et aujourd’hui, nous pouvions nous étonner du faible avancement des travaux accomplis lorsqu’on regardait ce qui se faisait en Auvergne, en Rhône-Alpes par exemple. Ils ont engagé  un travail préparatoire depuis juin, permettant ainsi d’avoir une cartographie précise des territoires, ayant défini une méthode, pourquoi pas s’être mis d’accord sur des consensus… Nous n’en étions pas là ; manifestement, demain nous en saurons davantage et c’est très bien.

Pour autant, nous le disons sans cesse depuis des mois, porter la voix de la Basse-Normandie haut et fort est plus que nécessaire. Ce n’est pas un réflexe de peur ou un complexe d’infériorité. C’est le constat d’une absence qui devient critique. Il suffit de regarder les documents du CPIER ou les rapports sur la LNPN de cette session pour voir que, pour le moment, nous ne pesons pas grand-chose à côté de nos voisins franciliens ou haut-normands.

Les cartes présentées dans l’avant-projet de Schéma stratégique Vallée de la Seine sont inquiétantes tant le déséquilibre, reconnu par tous ici, comme le signalait Jean-Karl Deschamps lundi soir, est flagrant. Sur nombre de ces cartes la Basse-Normandie semble passer à côté des grands axes dessinés entre Paris, Rouen et Le Havre ? Comme Cherbourg ou Alençon semblent loin de tout, sans parler du faisceau des petites villes…

Quelques mots sur LNPN. Nous finançons des études pour des montants non négligeables ; mais pour quelle réalité concrète pour le territoire bas-normand ? Pour des réalisations effectives à quelle date ? Il serait bon qu’en parallèle à ses études, nous n’oublions pas de favoriser la mobilité au sein même de notre future région. Qui, aujourd’hui, prendrait le train plutôt que la voiture pour aller de Caen à Rouen ? Au mieux, le trajet dure aussi longtemps et coûte aussi cher quand on est seul. Au pire, le voyage peut durer jusqu’à 4h pour plus de 50 €… Améliorer l’offre de transport entre ces deux villes centres devrait être un axe de développement fort de cette nouvelle Normandie.

Oui, il est temps de fixer ces grands axes, afin d’inciter tous les acteurs des territoires haut et bas normands à agir ensemble. A trop attendre, certains annoncent leur volonté de tourner le dos à la Normandie pour travailler avec d’autres collectivités. Je pense bien sûr à Alençon et à l’idée de son maire de créer un Pôle métropolitain avec Le Mans au moment même où on crée la Normandie ! Stratégiquement et psychologiquement, il y a tout de même lieu de s’en émouvoir...  Jusqu’à présent, et même si l’on sait que la carte des régions n’est pas encore votée, l’Orne est normande, ouverte sur les autres régions plus au Sud, certes, mais normande. Nous devons tout faire, nous, conseillers régionaux bas-normands pour que dans une grande région, les extrémités territoriales, les « Finistère » soient des phares qui guident les projets frontaliers qui soudent les coopérations. Tout faire pour que les élus de ces territoires plus éloignés soient des relais avec les grands ensembles, avec la capitale. Il n’y a pas de polémique là-dedans, simplement une vision, mieux une ambition unitaire.

Il est vrai que la réforme territoriale est encore nébuleuse et peut donc créer toute sorte d’interprétations. Tant que les compétences des uns et des autres n’auront pas été déterminées, comment pourrait-il en être autrement ?

Ce qui est déterminée, en revanche, c’est la volonté du Gouvernement de freiner les collectivités territoriales. Après la déstabilisation certaine provoquée par les annonces de réformes variées, ce sont les finances des collectivités qui sont dans la ligne de mire.  La voilure est encore réduite : - 3,67 milliards d’euros en dotation pour le Projet de loi de finance 2015, avec des nouvelles coupes annoncées jusqu’en 2017. Que restera-t-il de nos capacités d’investissement ? Quel avenir pour nos collectivités ?

Ayons simplement en mémoire, et affirmons-le, les investissements massifs en France sont l’œuvre des collectivités territoriales. Les 3 piliers de la croissance que sont l’investissement des entreprises, les exportations et la consommation des ménages décrochent (de longue date pour les deux premières, plus récemment pour la troisième). Nous sommes au bord de la déflation. Seuls restaient jusqu’à présent, les investissements des collectivités. Or, ce sont elles qui subissent les baissent de dotations, les transferts de compétences non compensés. Et dois-je le rappeler, avec l’obligation de voter des budgets en équilibre…

Les entreprises de travaux publics manifestaient leur mécontentement en début de semaine. Le groupe UDI a déjà alerté sur le sujet. C’est un premier exemple des conséquences malheureuses du recul de l’engagement public.

J’ai bien peur que tous ces sujets qui se télescopent – finances, réforme territoriale, compétences, réunification - sur lesquels nous n’avons aucune vision claire, aucun projet finalisé, ne finissent de brouiller les Français avec leurs élus et ne désorganisent le pays. Quand, en plus, le Gouvernement joue les apprentis sorciers avec les prochains scrutins, je vous le dis, le brouillard est de saison et les frimas de la rigueur pourraient vouloir s’éterniser. Nous normands avons toujours vu dans le brouillard l’annonce du soleil, la fertilité de nos terres. C’est aussi cela être normand… Tâchons de ne pas l’oublier et allons de l’avant, vers l'éclaircie que nous provoquerons par un véritable activisme, notamment économique.

Je vous remercie.

                                                                                   Ludovic ASSIER

                                                                       Conseil régional de Basse-Normandie

                                                                                       Groupe UDI